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MORT ET ACCIDENT



Des poèmes pour se rappeler que nous ne sommes ni invincibles ni immortels ni invulnérables, que la mort fait partie intégrante de la vie, et qu'en rimes les choses ignobles sont plus douces...




Le ciel jaunit de l'automne

Allume le matin des rues

Je ballade mon corps

Embrassant toutes leurs mues.


Je traverse le bitume

Mon œil s'écarquille

Une voiture sort de l'écume

Et ma peau éparpille.


Je vois mes particules

Miettes et poussières

Parsemées minuscules

Dans la pauvre lumière,

Je vois le joli rouge

De mes chairs de ma vie

Qui sur le goudron bouge

Et ruisselle dans l'oubli…


Mon vide coule sur la rue dégueulasse

La mort se presse pour ramasser mon âme

Me laisse détruite aux anges qui passent

Même les réverbères ne versent pas une larme


Je vois au loin les parures automnales

Et les feuilles des arbres aussi mortes que moi

Peut être irais-je danser à leur bal

Bercée par les cris et le vent la terre me boit…


09.11.07-08.03.09


******


Mon corps en morceaux

S'éparpille à la terre

Les éclats de mes os

Concurrence la poussière

Et cheveux s'envolent

Et membres s'évaporent

Les yeux à fleur de sol

Je crève de tous mes pores


12.08.04-04.08.2009



Une voiture passe

Petit vélo s'envole

Toute la rue s'efface

Les sirènes déjà sonnent.


Les hommes en blanc se pressent

L'esprit est encore loin

Le cœur déjà faiblesse

Ils persévèrent mais en vain.

Les fleurs au printemps

S'illuminent à peine

Qu'un diable souriant

De sa foudre l'emmène.

Et son visage d'innocence

Dans un dernier éclat

Rappelle la longue absence

Au ciel pleurant là-bas.

Et le long et noir cortège

Le teint livide avance

Les larmes du sacrilège

A flot coulent en silence.


Et les hommes et le crime

Creusent la terre en deuil

Et loin dans ses abîmes

Y déposent le cercueil.

Et bouquets de lumière

Et paroles du sacré

Son corps bientôt poussière

Ils referment la plaie.


Et les regards amers

Du monde à feu à sang

Au linceul qu'est la terre

Ont vu offrir l'Enfant.

08.1999





Dans un dernier souffle obstiné

Le corps et sa moindre force

Se souvient de sa luminance.

L'amour, la peur et l'innocence

Les jours bercés dans une écorce

L'heure de gloire et son éternité.


Le culte aveugle d'un éphémère

Dévoile cette absence du moi

Faux-semblant dans la luxure.

Rires jaunes, paillettes immatures

L'éden est lourd mais grand roi

Et l'esprit se noie dans la lumière.


Trop de faux que cet or tant rêvé

Fasciné, détruit par la spirale

La solution devient un delirium.

Et dans le sang l'essence d'opium

Fête cette belle échappatoire infernale

Dans un dernier souffle échoué.

07.2001





Dans le bleu du ciel.


Il ne me reste que l'écume du bonheur

Le masque de l'espoir

Le chemin du souvenir écrit ma palette

de vie

Le chemin de l'avenir peint mon livre

de vent.

Alors, j'ouvre la porte du cri

M'adosse au pilier de l'inquiétude

Et réfléchis…


Le berceau de l'angoisse

Verse une larme d'horreur

Sans cesse la trousse du passée

Surgit telle du sang d'éternité


Malgré la pluie du sacré

Malgré le chant des lits blancs

La flamme de l'amour

Prisonnière des yeux de l'au-delà

Dans le bleu du ciel


Le miroir tâché de ma propre vie


02.1999






Nature morte


Danse danse

Sombre couloir du temps

Souffre mes cris

Souffre les noirs esprits

Fantômes du jour du soleil couchant

Silence brume et pluie

Je prends la clé des sangs

Et m'enfuis au-delà des mots

Bois terre l'écume de mes yeux

Puisse ma sève immobile

Nourrir feuilles et pierres

Corps et cœur s'enflammer

Cendres et âme s'évaporer

Danse danse

Sombre couloir du temps

Tu souffriras mes cris encore longtemps

Mais s'il venait le jour oublié

Où le vent d'un souffle de haine

Me jette de la falaise

Que ma chair soit donnée en pâture

Que s'en empiffre oh fertile mère nature


Et puissent nos morts accoucher d'une vie


03.1999







Une larme transperce la terre et ma peau se dissout au contact de l'air empoisonné.

Mon âme au royaume de nulle part s'émiette, et lentement le décor se désintègre.

L'étoile blesse mes restes de sa luminance.

Le haut et le bas se disputent mes poussières.

Que vais-je devenir ?

Je veux être orage pour devenir feu

Je veux être vent pour devenir tornade

Je veux être pluie pour devenir torrent

Et quand la terre et les hommes agoniseront de mes tourments, je veux être soleil pour illuminer cette belle apocalypse.


02.2004





Les yeux aveuglés

Le gorge desséchée

La peau cassante

La sueur puante

Je suis lasse

Grimace

Je suis perdue

Pendue

Les courbes tombantes

La mémoire errante

Les cheveux mêlés

Le cerveau embrumé

Je suis vieille

Sommeil

Je suis seule

Linceul

08.05.2006




    Corps volé des rues désolées

    Cœur saigné des cris déchirés

    Chair dégoutée au souvenir meurtrier


    Toi, âme violée

    Toi, virginité assassinée

    Toi,

    La belle errante à la vie consumée

    Qu'un heureux jour l'amour a soigné.

    03.2000






Voilà la belle sacro-sainte

Aux modestes apparences

Calme, fière et sans crainte

Elle sonne son innocence


Dans la demeure épiscopale

Un homme récite une prière

Par la parole sacramentale

Il chante ses larmes amères


D'un air froid et magnifique

Le déambulatoire raisonne

Et tous les mots et leur musique

Jusqu'à la sacristie frissonne


L'enfant pur des gouttes du paradis

Lisait dans son lit la bible et les bréviaires

Le sang empoisonné de cette maladie

Le grand ciel impuissant n'a rien pu faire.

02.2001




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