L'appellation commune, pour désigner la génération poétique qui se reconnaît dans la défense et l'illustration de la langue française, est celle de "Brigade". Dans cette "Brigade",
Ronsard distingua une "Pléiade". Mais il s'agit d'une simple liste, d'ailleurs variable.
L'essentiel est le culte commun des Lettres antiques ; la volonté de lutter contre l'ignorance, de rénover les formes et de réactiver les mythes, notamment ceux qui concernent la poésie elle-même,
placée à part et au-dessus de tous les genres d'écriture ; le goût d'une écriture savante, érudite ou obscure. Il s'agit toujours, conformément à cet esprit de faire de la poésie la clé de voûte de la culture.
Ce qui frappe dans l'entreprise de la Pléiade, c'est le souci de la variété, qui commande d'explorer tous les genres, tous les styles et surtout de ne jamais s'en tenir à l'imitation d'un seul auteur. On mélange,
on avoue certains emprunts, on en dissimule d'autres, on exploite en même temps les ressources du grec et du latin, du latin antique et du néo-latin, de l'italien.
Il y a du jeu dans une telle démarche, et toujours une jubilation, un appétit qui, chez certains, ne va pas sans angoisse : le poète de la Pléiade est toujours en train de s'approprier le texte d'autrui, de s'en
emparer pour le re-créer. Le même et l'autre se confondent-ils, ou demeurent-ils distincts ? Le poème nouveau sera-t-il uni, unique, ou bien divers, dispersé ?
Principaux auteurs : Ronsard, Du Bellay, Peletier du Mans
LE DECADENTISME
Essor de 1880 à 1900
En France à la fin du XIXème siècle, malgré les scandales financiers et politiques (Panama 1892), les menées anarchistes (à partir de 1890) et enfin l'Affaire Dreyfus (1894-1906) est dans
un climat économique plutôt favorable. Les conquêtes coloniales apportent de forts dividendes, la production industrielle s'accroît et savants et ingénieurs rivalisent d'avancées techniques.
A cela s'ajoutent les réalisations dans le domaine de l'éducation (lois Jules Ferry, 1881-1882), la stabilité de la monnaie, le rétablissement des relations cordiales avec la Russie (1894) et l'Angleterre (1904).
En un mot, la France isolée et humiliée de 1871 a laissé place à une France forte et fière.
Cependant la communauté littéraire réagit fortement à transformations profondes du pays. Certains plongent dans cette civilisation en fermentation, soit pour la louer, soit pour en dénoncer les vices. D'autres,
nostalgiques, veulent rester fidèles à un ordre de valeurs et de préoccupations qui leur paraissent victimes du matérialisme ambiant : romantiques dans l'âme, ils abhorrent la technique et rêvent de beauté pure.
La génération des intellectuels, entre 1880 et 1885 étouffe dans cette France où l'on ne fait pas de place aux aspirations spirituelles, où est négligée toute dimension métaphysique.
Un philosophe, Henri Bergson (1859-1941), propose avec son "Essai sur les données immédiates de la conscience" (1889) une authentique révision des rapports de l'homme et du monde. Il prétend ainsi saisir la véritable communication de la pensée
et de la réalité, dans une forme d'union immédiate et ininterrompue du Moi et du Monde. Le fantastique onirique de Maupassant, l'érotisme cruel d'Octave Mirbeau, la lucidité désabusée de Jules Renard, illustrent ainsi
chez des écrivains réputés proches du naturalisme la volonté de rechercher de nouvelles voies.
Dans la technique, apparaît et se développe la narration subjective, qui débouche naturellement sur le monologue intérieur. L'aventure intérieure commence à prévaloir sur le récit d'une vie. Les événements sont vus à
partir de la conscience qui les enregistre, les décors sont suggérés à travers un regard au lieu d'être décrits. Le primat de la subjectivité s'impose ; cela explique en partie l'attrait exercé sur ces romanciers par
toutes les formes d'engagement individualiste : anarchisme, révolte, mysticisme, exotisme.
L'idée de décadence ne prend vraiment conscience d'elle-même qu'avec la publication, en 1883, des "Essais de psychologie contemporaine" consacrés par Paul Bourget à Baudelaire, Taine, Renan et Stendhal. L'auteur y précise
les caractéristiques de la "névrose" dont sont atteints les maîtres contemporains, selon lui inquiets, nerveux, portés à la mélancolie et au pessimisme.
1884 marque une date dans cette jeune histoire de la Décadence. Parait "A rebours" de J.K. Huysmans. On héros incarne l'insatisfaction de vivre, la lassitude d'y remédier, la dandysme et ses mornes échecs, la déréliction
absolue et tragique. Le livre devient la bible de ceux qui, à travers ce prisme, se découvrent désormais "décadents".
Principaux auteurs : Huysmans, Balzac, Flaubert, Maupassant, Hugo
LE NATURALISME
Essor de 1880 à 1900
Le naturalisme se présente comme une réaction "française" au symbolisme, trop éloigné du réel. Sa préférence va aux valeurs du coeur, de la vie, de la clarté. Il s'appuie sur de
nombreux groupes de poètes provinciaux qui s'élèvent contre le mysticisme nébuleux des symbolistes et font place au quotidien, à la sensibilité immédiate.
Saint-Georges De Bouhélier prend la tête du mouvement en publiant en 1895 trois traités où il célèbre les travaux et les jours des travailleurs. Eclectique dans ses admirations, Bouhélier prend pour
modèle Hugo, Zola et les tenants de la poésie nationale.
"Nous chanterons, écrit-il, les hautes fêtes de l'homme. Pour la splendeur de ce spectacle, les poètes convoqueront les plantes, les étoiles, les vents et les graves animaux. Une littérature naîtra qui
glorifiera les marins, les laboureurs nés des entrailles du sol et les pasteurs qui habitent près des aigles."
L'école naturaliste exige, si l'on s'en tient à la théorie de Zola, que l'écrivain applique une méthode strictement scientifique qui se rapproche de celle mise en œuvre par les sciences naturelles.
Zola considère que "le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur ".
L'observateur choisit son sujet (l'alcoolisme, par exemple) et émet une hypothèse (l'alcoolisme est héréditaire ou est dû à l'influence de l'environnement). La méthode expérimentale repose sur le fait
que le romancier " intervient d'une façon directe pour placer son personnage dans des conditions " qui révéleront le mécanisme de sa passion et vérifieront l'hypothèse initiale. " Au bout, il y a la
connaissance de l'homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale. "
Ce mouvement rend grâce aux puissances de la vie. La simplicité, la sincérité réapparaissent en poésie avec des poètes qui osent s'intéresser aux animaux, aux objets familiers, aux bons sentiments.
Les thèmes bucoliques fleurissent. On parle sans rougir de poésie rustique, on redécouvre des formes anciennes comme la ronde, l'aubade, la pastourelle... En s'écartant des thèmes symbolistes, les
naturalistes se sont également efforcés de libérer la métrique, de donner une plus grande souplesse au vers et à la mélodie. Ils ont ainsi recréé l'élégie, genre délaissé depuis les Romantiques.